F1 Avril 1968: Questions à des champions bivalents

En parcourant de vieux magazines automobiles, je me suis attardé sur le numéro de avril 1968 de L’automobile. En couverture, une question était posée: laquelle choisir parmi 6 sportives: Alpine 1300 – Cooper 1300S – R8 Gordini – Lancia HF Rallye – Matra Jet 6 – Simca 1200S ?

Un supplément “sports mécaniques” était proposé avec une interview de champions de F1 bivalents par le journaliste – photographe David Phipps (DP). L’interview se déroule en prélude de la saison de F1. Les pilotes-constructeurs interrogés sont Dan Gurney (Dan Gurney), Bruce Mc Laren (Bruce Mc Laren) et John Surtees accompagné de M. Nakamura responsable de Honda (John Surtees & Yoshio Nakamura).

Il faut savoir qu’une nouvelle règlementation de la F1 était apparue en 1966, ce qui me permettait d’emboîter le pas à une nouvelle ère, en suivant la conception des voitures.

Jack Brabham avait ouvert la voie avec succès en exploitant au maximum le nouveau règlement, sa BT19 à moteur Repco le portait au sacre.

DP: quelles sont les innovations marquantes ?

Dan Gurney: diminuer le poids eu augmenter la puissance. Le V12 Weslake fournissait 440-450 CV

Bruce Mc Laren: la mise au point du châssis avec le moteur Ford-Cosworth.

Yoshio Nakamura: la mise au point d’un nouveau moteur V12 et d’un chassis plus léger (avec l’aide de Lola).

DP: Faites-vous de la prospection chez de jeunes pilotes ?

Dan Gurney: aimerait trouver un jeune genre Clark, Stewart ou Rindt

Bruce Mc Laren: aimerait aider un jeune compatriote en lui confiant un travail d’essayeur.

Yoshio Nakamura: aimerait promouvoir la carrière d’un pilote japonais

DP: Et les vieux…qu’en pensez-vous ?

Dan Gurney: a toujours la passion et n’est pas saturé de volant, de courses, ni de circuits.

Bruce Mc Laren: tient à “rester dans la bain”, bien que conscient qu’il est difficile d’approcher un Clark ou un Stewart. Même après 12 ans de compétition, il pense pouvoir tenir sa place parmi les meilleurs. Il insiste sur la préparation et la mise au point, “C’est toujours facile de bien piloter quand on n’a pas de soucis en tête et que l’on s’entraîne régulièrement.

John Surtees. parlage l’avis de Bruce Mc Laren.

Bruce Mc Laren ajoute qu’il existe d’excellents pilotes qui arrivent au summum de leur art dans une spécialité qu’il affectionnent; Clark en F1, Rindt en F2, Gurney dans une stock car, Andretti su un modèle Indianapolis.

DP: Ne pensez-vous pas, vous qui êtes constructeur, que les grands noms sont trop bien payés ?

Dan Gurney: Certainement pas. Le métier de coureur automobile compte parmi les plus durs. Il implique nécessairement des risques. Tout cela doit être payé au juste prix.

Bruce Mc Laren. Le public vient voir des hommes réaliser au volant des choses qu’il se sent incapable de faire. Donc dès que la notion de spectacle intervient, il est normal que celui qui est à l’origine de ce spectacle en bénéficie. En F1 il n’y a pas de tricheurs mais des hommes qui se battent et qui tentent de donner à chaque course la meilleur idée du sport automobile.

John Surtees: avant de nous poser la question à nous pilotes, il faudrait peut-être la poser à quantité d’autres champions: boxeurs, golfeurs, tennismen. Tous ces gars là sont payés en fonction de leur audience, de leur talent, de leur popularité. Pourquoi en serait-il autrement dans notre corporation ?

DP: Certains supporters ont abandonné leur soutien. La publicité en revanche a ouvert de nouveaux débouchés. Où en êtes-vous dans vos contacts ?

Dan Gurney: a le soutien de Good Year et de Castrol, mais cherche un pétrolier “compatible”.

Bruce Mc Laren: est aidé par Good Year et Shell, mais cherche un financement pour payer les 5 moteurs Cosworth.

Yoshio Nakamura: Shell et Firestone supportent le team Honda.

DP: que pensez-vous des structures actuelles du sport auto ? FIA, commission,..

Dan Gurney: Il est temps de dépoussiérer les organisations.

Bruce Mc Laren: La plus petite épreuve américaine rapporte plus que le plus prestigieux GP européen. Il est temps que la FIA et la Commission sportive revoient leur façon de voir et de faire.

John Surtees: insiste sur la nécessité de règles stables.

DP: Quel est le potentiel de votre service course actuel ?

Dan Gurney: Essaie de renforcer son équipe par des transfuges d’anciennes équipes mais souffre de la dispersion géographique de ses ateliers.

Bruce Mc Laren: Notre effectif complet est de 20 à 24 employés.

Yoshio Nakamura: Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’y a pas de véritable service course F1 chez Honda car tous les techniciens qui s’occupent de F1 travaillent également sur des voitures de série. Il n’y a qu’en Angleterre que nous avons un noyau de mécaniciens spécialisés, mais au total Japon + Angleterre notre effectif ne dépasse pas 20 employés. M. Honda souhaite que le moindre progrès technique dérivé de la course soit immédiatement reporté, exploité sur les productions commerciales, même si le programme sport doit momentanément souffrir de cette dispersion des efforts.

DP: Question rituelle: comment situez-vous vos chances cette année, quels sont les concurrents qui vous impressionnent le plus ?

Dan Gurney: Il est prématuré de faire des suppositions. Attendons 2 ou 3 courses sur différents tracés pour nous évaluer par rapport à la concurrence.

Bruce Mc Laren: Je crains beaucoup Brabham qui est l’homme sachant le mieux s’adapter à toutes les circonstances et tous les matériels et je redoute, par définition, tous les produits Chapman (Lotus). Rien que le fait de mettre Clark dans une voiture occasionne des problèmes à la concurrence. En plus, il existe aussi un certain Graham Hill. Et l’écurie Tyrell du fait de la présence de Stewart. Sans oublier les Ferrari.

Yoshio Nakamura: Le poids fut longtemps notre handicap. Nous espérons avoir résolu définitivement ce problème. Chez nos concurrents directs, je citerai Brabham et Chapman mais il faudra se méfier des nouvelles marques telles que Matra.

La saison 1968 comportait 12 Grand Prix. Graham Hill emporte le classement des pilotes sur Lotus-Ford.

Dan Gurney a été obligé de troquer son Eagle par une Mc Laren pour obtenir une 4ème place.

Bruce Mc Laren Gagne le GP de Belgique, deux ans après Brabham et un après Gurney, Bruce McLaren intègre le cercle très fermé des pilotes-constructeurs victorieux en s’imposant au volant de sa McLaren-Ford au terme d’une course par élimination.

John Surtees & Yoshio Nakamura: Honda termine au fond du classement

Bien sûr qu’Il ne fallait pas oublier Ferrari puisqu’en juillet 1968 Jacky Ickx gagnera son 1er Grand Prix en France sur Ferrari, sous la pluie.

L’année 1968 fut cruelle pour les pilotes, quatre d’entre eux périrent dans des courses diverses: Jim Clark (en F2 à Hockenheim), Mike Spence (Indianapolis), Ludovico Scarfiotti (course de côte, Jo Schlesser (F1).

Il est remarquable qu’un mois avant le grand chambardement de mai 1968, Dan Gurney demande un dépoussièrage des instances dirigeantes de la F1.

Il n’y a plus de pilote-constructeur depuis longtemps, les derniers à tenter l’aventure ont été Fittipaldi avec Copersucar en 1976, Merzario en 1977. Ils étaient des “garagistes” comme disait Enzo Ferrari quand il parlait de Cooper, Lotus et de personnes telles que Ron Dennis et Frank Williams.

Pour ma part, j’étais fan de Bruce Mc Laren. Son pilotage coulé me plaisait ainsi que ses qualités de metteur au point et d’entrepreneur.

La nouvelle de sa mort en juin 1970 en essayant sa voiture Can-Am à Goodwood a été un choc terrible pour moi, mais qui peut dire qu’il n’avait pas vu plus, fait plus et appris plus en quelques années que beaucoup de gens dans une vie?

Bruce Mac avait dit “Ce serait une perte de vie de ne rien faire de ses capacités, car j’estime que la vie se mesure en termes de réussite, pas en années seulement“.

Michel FERONT Auteur

Je suis passionné de moteurs et de voitures anciennes. Lorsque j'étais enfant, je vantais la qualité des moteurs Schas qui équipaient les motos que mes parents vendaient. Cette passion ne m'a jamais quitté, malgré une carrière dans le secteur de l'informatique, où les moteurs sont remplacés par les processeurs. Dans mon village, je suis connu comme le mec qui "fait" dans les vieilles voitures, ....