La Citroën Traction, fille de “Rosalie”

J’ai récemment eu l’opportunité d’effectuer une mise au point sur une splendide Citroën Traction, de 1949. Cet exemplaire provient de la ligne de production belge, sise à l’époque à Forest, et se présente en « gris perle ». Cela nous change du noir que l’on voit le plus souvent, surtout dans les films de gangsters « made in France ».

La descendante de la Citroen « Rosalie » présente une multitude d’innovations techniques formidables pour l’époque. Non seulement la motricité se tourne pour la première fois vers la traction plutôt que la propulsion, mais nous avons ici une des premières automobiles dont le châssis est monocoque, utilisant la technologie provenant de la firme américaine Budd Company. Ceci allège la caisse considérablement, tout en la rendant plus solide. Le public était alors fort sceptique, doutant de la solidité vantée. S’en est suivi un des premiers crash-test de l’Histoire, où une pauvre Traction fut lancée à toute allure du haut d’un terril. Deux hommes reprennent le volant et s’en vont, comme si de rien était. Visionnez le clip ici https://youtu.be/0jXcDF_JIbM

On peut dire que Citroën a bousculé pas mal de codes, à l’époque. Apparue dans la première moitié des années ’30, elle était considérablement plus basse que ses contemporaines, grâce à ce châssis innovant. Les trains roulants ont reçu un système technologiquement avancé pour l’époque, avec des barres de torsion à l’avant, et un essieu Panhard à l’arrière.

Après avoir effectué quelques kilomètres à son bord, il faut reconnaitre que le confort est immense. Elle se déplace tout en souplesse, absorbe magnifiquement les inégalités de nos routes, et tire de manière surprenante pour un bolide de 70 ans ! On se fait vite au pied lourd que requièrent les quatre tambours hydrauliques pour réduire l’allure, et le passage des vitesses doit se faire avec douceur et attention. Le changement se fait via un système de tringles (requérant pas mal de dextérité pour les régler, je dois dire), car la boite de vitesses est installée devant le moteur, qui est toujours longitudinal.

Une particularité notable, c’est bien la forme complexe du bolide, rendant l’expérience au volant très intéressante. Comme le capot s’affine vers l’avant de la voiture, et que les roues sont recouvertes par des ailes, les points de repères sont nettement différents comparé à un véhicule disons, plus carré. Il faut s’habituer à ne pas voir les coins de la voiture, ce qui prend un peu de temps, et le rayon de braquage plus grand rend les manœuvres assez compliquées.

Concernant la direction, justement, le propriétaire a fait équiper son bolide d’un système d’assistance électrique. A juste titre je dirais, car sans cela, elle reste assez lourde à manœuvrer. Cela ne dénature en rien l’expérience, car il est possible de régler l’intensité de l’assistance. Plus lorsqu’il s’agit de se garer sans se fatiguer, par exemple, et moins lorsque l’on est en route et qu’un certain ressenti est souhaité. Une chouette amélioration, discrète et surtout réversible.

Après l’avoir rendue à son propriétaire, ce dernier a profité du weekend splendide qui a suivi pour l’emmener faire une boucle d’environ 300 kilomètres, à une allure soutenue m’a-t-il dit. Il est vrai que la mise au point lui a fait le plus grand bien. Curieusement, le jeu aux soupapes se règle à chaud, ce qui est peu conventionnel. Décidément, on aime attirer l’attention chez Citroën. Oserais-je dire qu’ils suscitent une certaine attraction ?

G. McEvoy

Geoffrey McEvoy Auteur

Passionné par tout ce qui boit de l'essence, perd un peu d'huile et capable de laisser de la gomme sur la route, c'est avec ferveur que j'exerce mon métier de services aux véhicules anciens. Partager ma passion en faisant travailler ma plume est tout aussi amusant.

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