Carnet de voyage en Lancia Fulvia

Je l’avais promis lors de mon premier galop d’essai, je reviens avec plus d’expérience de cette voiture étonnante.

Pourquoi cette Lancia Fulvia est-elle étonnante ? D’abord pour sa conception, en 1965. A cette époque Lancia est encore indépendant de FIAT (le rachat de Lancia par FIAT aura lieu en 1969). La Fulvia reprend des solutions techniques sophistiquées (pour l’époque) dérivées de la Flavia: traction avant, moteur en V, deux carburateurs double-corps, faux châssis, suspension avant, boîte de vitesses à cinq rapports, freins à disques sur les quatre roues. Cependant, Lancia a eu recours à des solutions nettement moins sophistiquées pour la suspension arrière (essieu rigide et ressorts à lames) ainsi que pour la direction (vis sans fin).

Lancia Fulvia

Sa ligne est atypique pour un coupé italien; le dessin est assez anguleux (l’arrière est tronqué et concave) mais subtilement arrondi de sorte qu’il plût d’abord beaucoup aux femmes avant que des évolutions du moteur permettent à cette voiture de remporter de nombreux succès en rallye (la version 1.600 HF).

Les sièges sont curieux, il y a un espace entre le centre du dossier et les bourrelets du dossier, mais ils semblent assez confortables. Après 100 km sur nos routes secondaires, le manque de soutien s’avère être évident et quand il fait chaud, la matière des sièges (skaï) vous met en nage.

L’heure est au démarrage; tirer à fond sur le starter (bien caché sous la planche de bord), tourner la clé une fois, deux fois ou plus s’il fait froid ou que le moteur n’a plus tourné depuis longtemps, et le moteur s’ébroue péniblement au point qu’il faut repousser le starter progressivement à mesure que le moteur prend des tours. Ca y est, il est parti !

Mettre la 1ère vitesse demande un peu d’attention car la boîte est inversée (elle est en bas à gauche à la place de notre 2ème habituelle). C’est assez déroutant, il faut s’y faire, mais cela fait partie du plaisir de conduire une ancienne.

J’ai participé à plusieurs rallyes, balades et surtout au Rétro Festival de la Côte d’Opale si bien que j’ai acquis une certaine connaissance du comportement de la Fulvia. Ma compagne la trouve inconfortable et bruyante. Moi, j’aime la sureté de sa tenue de route, les montées en régime du moulin. Bref, nous ne sommes pas d’accord, ce qui me permet de lui rappeler que cette voiture doit son succès initial aux femmes. Elles aiment sa ligne, sa douceur de fonctionnement, sa classe évidemment. D’ailleurs, encore aujourd’hui les badauds se retournent à notre passage, ce qui est plutôt sympathique.

Lancia Fulvia à Marquise (Côte d’opale)

 

La Fulvia du côté de Boulogne

 

Le plus surprenant, c’est l’agilité de cette voiture dans les enfilades de virages. L’avant est accroché au bitume alors que l’arrière tressaute gentiment. La faire avancer rapidement demande d’y aller franchement tout en gardant une trajectoire précise en ne soulageant pas l’accélérateur afin de sortir rapidement du virage et d’être prêt pour le suivant. Pour cela, il est important d’avoir passé le bon rapport de la boîte de vitesse afin que la puissance soit disponible. Le passage de vitesse est assez lent mais si l’on aide la boîte en faisant un double débrayage, les rapports s’engagent plus vite. Les trois premiers rapports sont très courts, sans doute pour permettre à cette petite cylindrée de prendre un envol rapide. Les passages entre 3ème et 4ème sont bien plus fréquents que ceux entre les rapports inférieurs. Quant au 5ème rapport, c’est un rapport de croisière qui permet de se reposer les tympans en filant droit, enfin presque. Je m’explique: la direction présente un certain flou au point neutre, ce qui par vent latéral entraîne un louvoiement et demande des interventions du conducteur. Heureusement, le boîtier de direction (d’origine ZF) est doté d’une vis de réglage.

Le freinage est assuré par 4 freins à disques, un point commun avec les Alfa et autre Jaguar de l’époque. Il est moins mordant que sur le Spider Alfa et requiert une certaine force d’appui. Cette attaque douce du freinage a la particularité de faciliter l’entrée en virage en évitant un transfert de masse trop brutal qui emmènerait la voiture tout droit.

La Fulvia n’aime pas beaucoup les routes dégradées. Le train avant encaisse bruyamment les inégalités, ce qui incite le conducteur à lâcher le pied alors que l’arrière a plutôt tendance à quitter l’alignement du train avant. Bref, la Fulvia veut garder son rang.

Je n’ai pas trouvé utile d’aligner les + et les – de cette voiture car les amateurs de voitures anciennes à caractère sportif n’ont d’yeux que pour son prestige et la fort personnalité qu’elle dégage. Et en plus, elle est italienne.

 

Lania Fulvia

 

Je vous invite à lire ce magazine

CLASSIC & Sport Car 2018 08-09

 

L’auteur de l’article sur la Lancia Fulvia a écrit: “Castagnero (le dessinateur) a donné naissance à une forme pure, magnifiquement proportionnée et typiquement italienne”.

 

 

 

 

 

Michel FERONT Auteur

Je suis passionné de moteurs et de voitures anciennes. Lorsque j'étais enfant, je vantais la qualité des moteurs Schas qui équipaient les motos que mes parents vendaient. Cette passion ne m'a jamais quitté, malgré une carrière dans le secteur de l'informatique, où les moteurs sont remplacés par les processeurs. Dans mon village, je suis connu comme le mec qui "fait" dans les vieilles voitures, ....

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