Nationale 7 – la route des vacances ou la route bleue

La N7 est à la France ce qu’est la route 66 aux Etats-Unis. Une ancienne route reliant Paris à Menton en traversant le Val de Loire, La Bourgogne, l’Auvergne, la vallée du Rhône et se terminer au pied des Alpes. Le parcours était long de 1.000 km, dangereux car beaucoup de tronçons étaient à 2 voies, mais elle permettait de découvrir la France “profonde” au rythme des voitures de l’époque. Les Renault 4, Dauphine, Peugeot 203, Simca Aronde, Taunus, Citroën Traction, DS, 2CV, DKW, Panhard, VW Cox…. La N7 a symbolisé pendant des années la route des grands départs en vacances vers le Sud.

 

La N7 a été chantée par Charles Trenet et déclinée en 158 versions, c’est dire qu’elle a marqué les esprits; c’est le symbole d’une époque. Les voitures, chargées à l’extrême, étaient poussives, elle chauffaient, était freinées par des tambours, n’avait ni ceintures de sécurité, ni airbag. Bref, c’était la préhistoire. Ainsi pas mal de voitures étaient encore équipées de flèches pour indiquer la direction. En cas d’accident sérieux, les volants en bakélite ou en bois se plantaient joyeusement dans le thorax des malchanceux qui avaient raté leur éjection.

Dans l’état de saturation qu’atteignait  la N7 les jours de grands départs ou de chassé-croisé, le moindre obstacle à la bonne marche des deux colonnes adverses aboutissait au collapsus, au caillot, et ses effets en chaîne. Arrêtées trop longtemps, bien des autos se mettaient à chauffer jusqu’à devenir des obstacles à leur tour. Le joint de culasse était à l’automobiliste ce que l’écueil est au marin.

 

Les conducteurs n’étaient pas très disciplinés et les conductrices, peu nombreuses, se faisaient chansonner. En cas d’accrochage, elles étaient immédiatement suspectées de maladresse ou de nervosité: de quoi rendre nerveux et maladroit. Les gourmets faisaient escale à la Maison Troisgros à Roanne, restaurant étoilé par le Guide Michelin.

Si cela peut vous rassurer, je n’ai pas connu cette époque, mon expérience des routes nationales mythiques se limite à la Route Napoléon, que j’ai voulu prendre pour rejoindre la côte d’Azur en 1990, au grand dam de ma passagère. Pour être honnête, je dois dire que je conduisais une Lancia Thema ie Turbo de 165 CV.

Un musée Mémoire de la N7 a été créé à Piolenc (à proximité de Orange), il met en scène des objets d’époque collectés par des passionnés. Une BD intitulée “Chroniques de la Nationale 7” raconte des anecdotes croustillantes sur les automobilistes, les chauffeurs routiers, les garagistes, etc.

 

Certains auteurs de bandes dessinées se sont même spécialisés sur ce sujet. C’est le cas de Thierry Dubois, il connait la N7 comme la boîte à gants de sa 404, la voiture avec laquelle il parcourt plusieurs fois par an “le ruban” (la route) comme le disaient les routiers à l’époque.

Adepte de la fameuse ligne claire de la BD belge dans la lignée des Hergé et Jacobs, Thierry Dubois dessine depuis toujours les voitures célèbres des années 60 (Panhard, Simca, Peugeot ou Renault).

 

 

Michel FERONT Auteur

Je suis passionné de moteurs et de voitures anciennes. Lorsque j'étais enfant, je vantais la qualité des moteurs Schas qui équipaient les motos que mes parents vendaient. Cette passion ne m'a jamais quitté, malgré une carrière dans le secteur de l'informatique, où les moteurs sont remplacés par les processeurs. Dans mon village, je suis connu comme le mec qui "fait" dans les vieilles voitures, ....

Commentaires

    BALLAND Philippe

    (27 mars 2018 - 13 h 51 min)

    Comme j’ai bien connu la “7” dans ma jeunesse parcourue en 2CV de ma tante ou en Hotchkiss Anthéor ( Un rare cabriolet Chapron) je peux assurer que l’ami Thierry Dubois a su bien capter l’ambiance heureuse de cette époque que des jeunes appellent préhistoire. La vie tournait autour de l’automobile et le choix, selon ses moyens était dicté par le moteur et le châssis et bien sûr la vitesse de pointe. Thierry Dubois est celui qui a fait revivre le temps béni des congés payés et de la ruée sur la Côte d’Azur, en créant ce musée. Pour en finir avec les souvenir d’une époque qui m’a semblée heureuse, je “descendais” de Paris à Aix-en-Provence, visiter ma “fiancée” avec mon Alfa 1750GT en 5h…C’était plus vite que le TGV. Il y avait toujours une rare Ferrari ou Maserati qui, tous phares allumés , me passaient à plus de 200 et il fallait faire dégager les infernaux conducteurs de DS en chapeau, qui se traînaient à 140 sur le milieu de la route, se croyant les maîtres du bitume. “on” roulait pour le plaisir d’être à 200: Le dimanche , avec un copain et nos 2 ALFA SS 1300 et 1600 Conrero on filait manger à Dijon ou à Beaune, et retour avec sûrement plus d’1gr dans le sang. Nous étions des terroristes sans le savoir, jugés aujourd’hui par une drôle de société.

      Michel FERONT

      (27 mars 2018 - 15 h 16 min)

      Merci pour votre précieux témoignage. Vous êtes un témoin privilégié et un survivant d’une grande époque. Cela devait être le pied !
      C’est sûr qu’aujourd’hui ce serait la cellule de dégrisement assurée 🙂
      Et comment se portent les Alfa ?

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