Les voitures américaines de Cuba, un trésor du patrimoine national.

J’ai visité Cuba en 2001 et j’ai été fasciné par la débrouillardise des Cubains, en particulier pour faire face à l’embargo. L’importation de véhicules par des particuliers était interdite depuis le début des années 60, à de rares exceptions près, ce qui a créé à Cuba un curieux paysage automobile où se côtoient les Américaines des années 50, les Lada, les Fiat Polsky et Moskovich importées d’URSS et de Pologne dans les années 70 et 80 et les véhicules modernes, souvent asiatiques, importés par l’Etat.

Mercedes & Chrysler
Help Taxi

Pourquoi y a-t-il autant de ces voitures à Cuba?

Une des premières choses que l’on constate en arrivant à Cuba, c’est omniprésence de ces vieilles voitures américaines, appelées “carros americanos“. Au départ, elles ont été abandonnées par les américains lors de la révolution Cubaine et de la chute du gouvernement pro-américain en 1959.
Un embargo sur l’île empêche d’avoir accès à des pièces de rechange. Les Cubains doivent alors tout faire pour les préserver. Ils deviennent des pros de la mécano de ces voitures, utilisant une fois de plus leur système D très développé.

Coco Taxi

Comme elles étaient les seules voitures disponibles à l’époque et qu’aujourd’hui l’achat d’une autre voiture reviendrait à 50 ans de salaire, ils les entretiennent religieusement.
A l’époque, Un dentiste (payé par l’état) gagnait 20 € / mois et un instituteur gagnait 30 € / mois, on comprend alors que les Cubains ont appris à bricoler et réussir à faire rouler leurs vieilles voitures US jusqu’à maintenant. Ces voitures cubaines atteignent un chiffre au compteur parfois irréel; 800 000 miles voir 1 000 000 de miles parcourus. De quoi rendre jaloux nos modèles actuels qui dépassent rarement les 300 000 km.
Beaucoup de ces voitures semblent “tunées” (jantes alu par exemple), d’autres ont des suspensions bien étranges ou des moteurs Diesel, ce qui est assez surprenant.
Les Cubains sont des “inventivos”, des gens débrouillards. Ce sont des mécanos inventifs qui n’hésiteront pas à installer des pistons d’une marque dans les blocs-cylindres d’une autre marque afin de faire fonctionner leur vieille américaine.

Ford
Taxi

Chrysler
Pontiac Chieftain

Le Diesel s’est imposé (les mécaniques sont russes ou asiatiques) en raison du prix exorbitant de l’essence (en provenance principalement du Venezuela), L’Europe s’inquiète justement des émissions de particules fines, mais à Cuba, en 2001, les particules de carbone étaient particulièrement grosses.
En 2013, faute de tout chiffre officiel sur le parc automobile cubain, les spécialistes estiment à environ 60.000 le nombre de voitures américaines qui circulent dans l’île, soit 30% du parc.

Camion Ford
Opel Rekord
Fiat Polsky

 

 

L’importation de véhicules, autorisée depuis 2013, provoque une lente cure de jouvence sur le parc automobile car les taxes d’importation sont très élevées. Les prix des véhicules importés doivent s’aligner sur ceux du marché cubain. En raison de l’étroitesse de ce marché, les prix des voitures à Cuba ont atteint des sommets inimaginables. Une simple Lada en bon état de marche coûte environ 12.000 dollars, à peu près l’équivalent d’une Ford 1957 qui fait le taxi depuis des décennies.
Ainsi, une Cadillac décapotable rutilante qui promène les touristes sur le front de mer de La Havane, peut coûter jusqu’à 80.000 dollars, voire plus si elle fait partie des automobiles de collection qui s’affichent occasionnellement dans des expositions.

Un trésor en perdition ?

Cuba est un musée à ciel ouvert de voitures américaines. Cependant, Les Cubains commencent à ne plus avoir les moyens de les faire rouler. Certains revendent leur belle à l’étranger. Ceux qui continuent proposent des balades aux touristes en tant que taxi. Embarquer dans un taxi cubain est une expérience en soi.
J’ai parcouru les 150 km qui séparent Vinales de La Havane.

À la manière cubaine; six dans le véhicule, entassés les uns sur les autres. Le confort est, disons-le, assez rudimentaire. Je ne crois pas que les suspensions de l’époque soient de la même qualité que celles d’aujourd’hui! J’ai passé le trajet avec les genoux dans le tableau de bord, à sentir les ressorts en gros métal du siège défoncé et à me taper la tête sur le plafond.
Voilà. Nous comprenons donc mieux la raison pour laquelle nous rencontrons tant de belles voitures US partout sur l’île. Nous pensions que cela n’existait que pour le fun et la nostalgie. Au final c’était une nécessité pour ce peuple, le seul moyen de se déplacer si on veut quelque chose de plus rapide que le cheval ou le vélo.
En tant que touristes, juste spectateurs de cette situation, nous devons avouer notre intense plaisir à les voir et les photographier.
Les Cubains sont conscients du trésor que constitue ce parc de vieilles voitures américaines. Comme il est vulnérable pourtant.

Cadillac
Voitures en péril

 

Ford Fairlane

 

Chevrolet Bel-Air

Michel FERONT Auteur

Je suis passionné de moteurs et de voitures anciennes. Lorsque j'étais enfant, je vantais la qualité des moteurs Schas qui équipaient les motos que mes parents vendaient. Cette passion ne m'a jamais quitté, malgré une carrière dans le secteur de l'informatique, où les moteurs sont remplacés par les processeurs. Dans mon village, je suis connu comme le mec qui "fait" dans les vieilles voitures, ....

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