Fangio, un pilote légendaire et un gentlemen.

Pourquoi écrire un article sur un homme disparu depuis plus de 20 ans et que je n’ai pas connu ?

Tout simplement, parce que mes pensées ont suivi le fil suivant: reportage sur la restauration d’une Maserati Ghibli100 ans d’histoire de MaseratiMaserati 250F – Fangio.

Je ne suis pas le mieux placé pour parler de Fangio, car je ne l’ai jamais rencontré et pourtant je l’admire.

Les expressions “rouler comme Fangio” ou “se prendre pour Fangio” restent encore usitées, même si après lui, Senna et Shumi ont marqué les esprits.

Aux antipodes de la Formule 1 hyper-sophistiquée et aseptisée d’aujourd’hui, les années Fangio frisent l’héroïsme et dévoilent des personnalités exceptionnelles, telles que Stirling Moss avec lequel il eut une rivalité amicale.

Moss disait de Fangio qu’il était son bourreau, son ami et son maître.

Il y a un peu plus de 60 ans (en 1957), sur le toboggan du Nurburging (176 virages en 20km), “el Maestro” surclassait la concurrence et devenait un mythe. Il remportait son 24ème et dernier GP en remontant ses adversaires un à un à coups de record du tour, dépassant toutes les limites de ce que l’on croyait impossible, une véritable démonstration de pilotage, toute en finesse, précision et audace.

Fangio à l’attaque avec la Maserati 250F

J’ai lu sa biographie, intitulée “Ma vie à 300 km/h” (trouvée à Redu), ce qui m’a permis de me rendre compte à quel point ce type avait ramé avant d’être Fangio.
Les courses en Argentine se déroulaient sur route ouverte, ce qui dans un pays aussi grand, amenait les participants à parcourir parfois 9.000 km souvent sur piste de terre et en traversant des régions montagneuses et par tous les temps. Les étapes cassantes causaient des dégâts, ce qui nécessitait de passer des nuits blanches de mécanique “appliquée”. Sa classe était innée, et ses acquis étaient le développement patient d’une science du pilotage.

Fangio pause devant sa Chevrolet 40 TC

Ensuite, il y a eu (avec l’aide du gouvernement argentin) la confrontation avec les grands pilotes européens tels que Ascari, Nuvolari et Farina, les relations tumultueuses avec Enzo Ferrari, la grande époque Alfa Romeo, Mercedes et la fidélité à Maserati récompensée par un 5ème titre mondial.

Sa supériorité est difficilement concevable aujourd’hui. Seuls les récits de ses adversaires de l’époque, en particulier de Stirling Moss qu’il privera de trois titre mondiaux, en donnent la mesure. Fangio était plus rapide, plus endurant, plus constant, meilleur metteur au point que n’importe lequel de ses compagnons de grille, et il est resté vivant –ce qui n’était pas alors le moindre des exploits… « Il avait toujours la meilleure voiture » balaye ses opposants. C’était souvent vrai (il savait les choisir) –mais pas systématique. Et quand ce fut le cas, jamais ses compagnons d’écurie ne parvinrent à le menacer, ni même à égaler ses performances jusqu’à l’année de son cinquième titre en 1957. Il était un fin stratège, économe avec sa mécanique, rapide et endurant. Au GP de Buenos Aires gagné en 1955, alors que les pilotes concurrents se sont relayés à deux ou à trois au volant de leurs voitures pour tenir la distance de ce véritable Grand Prix d’endurance, Fangio est resté lui au volant de la sienne sur la totalité de la distance (375 km).

 

Fangio sur la Mercedes W196
Fangio en Alfa

Au GP de France de 1958, il est retardé par des ennuis d’embrayage. Par respect envers le plus grand pilote de son temps, le vainqueur du jour Mike Hawthorn refusera de lui infliger un tour de retard en fin de course. Interrogé sur son attitude par les journalistes, Hawthorn répondra simplement :« On ne prend pas un tour à cet homme-là ». Marqué par l’accident mortel de son ancien équipier Luigi Musso, le déroulement de la course conforte Fangio dans son choix de mettre un terme à sa carrière, laissant un exemple de fair-play à ses collègues.

Fangio au GP de France en 1958

Son record de 24 victoires en 52 GP reste inégalé et ne sera sans doute jamais battu compte tenu de l’évolution actuelle de la F1, avec plus de 20 GP par année.

L’institut National de l’audiovisuel de France (INA) dispose d’un reportage de l’émission “Cinq colonnes à la Une” réalisé en 1959 sur Fangio. Visionner la vidéo.

Michel FERONT Auteur

Je suis passionné de moteurs et de voitures anciennes. Lorsque j'étais enfant, je vantais la qualité des moteurs Schas qui équipaient les motos que mes parents vendaient. Cette passion ne m'a jamais quitté, malgré une carrière dans le secteur de l'informatique, où les moteurs sont remplacés par les processeurs. Dans mon village, je suis connu comme le mec qui "fait" dans les vieilles voitures, ....

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